Affichage des articles dont le libellé est UMP. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est UMP. Afficher tous les articles

dimanche 2 décembre 2012

Bal tragique à l’UMP : deux morts





Navrant. Ubuesque. Aberrant. Affligeant. Grotesque. Écœurant. Honteux. Consternant. Farcesque. Kafkaïen. Les dictionnaires de synonymes ont vite rendu gorge chez les acteurs et les commentateurs de la tragicomédie de boulevard gracieusement offerte par le plus grand parti de France. Le cauchemar frénétique et profond dans lequel l’UMP s’enferre comme un hamster sur sa roue ne laisse entrevoir aucune voie de sortie. Le pire, malgré l’engrenage du double échec et mat et la période d’hiver nucléaire qui se profile, c’est que le parti devrait survivre.



            Et si nous avions bel et bien une apocalypse en cette fin 2012 ? Non pas que nous ayons à nous barricader d’éruptions de météorites ou d’attaques d’hommes-crabes de Mars. Non, il faut ici entendre apocalypse au sens originel du mot, « dévoilement » ou « révélations ». Et en la matière, il faut reconnaître que rarement tant de masques sont tombés en si peu de temps.
Le bluff est allé jusqu’au bout et les deux camps ont choisi le sabordage. Copé a préféré une UMP en lambeaux que pas d’UMP du tout. Fillon a préféré pas d’UMP du tout qu’une UMP aux mains de Copé. Ce qui est admirable d’un point de vue psychologique, c’est que chacun a tragiquement sous-estimé, à parts égales, la capacité de nuisance de l’autre : Fillon a à peu près autant sous-estimé les talents d’esbroufe de Copé que le second a sous-estimé la « virilité » politique – pour faire vite – du premier.
À dire vrai, la vraie rupture ne vient pas du Machiavel meldois, mais bien de l’ancien Premier ministre. Fils de notaire sarthois, chef scout diplômé de philosophie, grandissant à l’ombre des tonitruants Séguin et Pasqua, subissant l’ire lycéenne pendant plusieurs mois début 2005, mis à l’écart par Chirac et Villepin puis hôte fantomatique de Matignon pendant cinq ans (« Voldemort », « Oncle Fétide », « Premier Sinistre »…), l’homme n’avait pas habitué grand monde à taper du poing sur la table. Il a été si réservé ces cinq dernières années que sa popularité est à peine sortie abîmée de la présidence Sarkozy : pour un Premier ministre, c’est quasiment une faute professionnelle.
Et pourtant. Contester sa défaite deux jours après l’officialisation du résultat, menacer, vitupérer, imposer ses conditions, traiter son parti de mafia, poser des ultimatums, fonder un groupe parlementaire dissident ; même Copé, peut-être, ne l’aurait pas fait. C’est le coup de force permanent, Fillon n’en finit plus de franchir le Rubicon.
Mais sur le Rubicon on ose tout, c’est même à ça qu’on le reconnaît.

Une évidence tout d’abord : si la victoire avait été nette (disons 2000 voix, un gros pourcent), rien ne se serait passé. Les fraudes auraient été passées sous silence, comme d’habitude, et la droite française aurait gagné un sursis. Les partis politiques ne sont historiquement pas des organes démocratiques. Dans ce domaine, ils se contentent de cache-sexes. Ce sont des machines à conquérir le pouvoir, pas des hautes cours de justice. La fraude est devenue tellement institutionnelle dans les élections internes qu’elle en est presque devenue un réflexe superstitieux. Une habitude, presque un rite, dans lequel chacun est déculpabilisé par la triche de l’autre.
Têtes de l'exécutif RPR / UMP, de 1976 à 2012
Mais deux facteurs poussaient l’UMP à ces élections internes. D’une part « l’exigence de transparence », vertu cardinale de la modernité, ainsi que le succès jalousé des primaires PS d’octobre 2011, encourageaient impérieusement le parti de droite dans cette voie. Mais la transparence est un idéal mortifère pour un parti politique. Le duel Fillon-Copé est en soi moins violent que le choc Chirac – Balladur de 1995. La véritable transformation, c’est que mauvaise organisation, irrégularités, bourrages d’urnes, intimidations, manipulations se déroulent en pleine lumière, à l’heure de Twitter et des chaînes d’info en continu. On se souvient peu, a posteriori, à quel point le PS a été proche du gouffre il y a quatre ans, dans la même situation (menaces de recours juridiques et tutti quanti) et à quel point il en a bien tiré les conclusions en revenant aux bons vieux scrutins joués d’avance.
D’autre part, si un parti aussi personnifié que l’UMP en est réduit à organiser une élection interne au grand jour, c’est qu’aucun leader naturel ne s’y impose comme à l’accoutumée. Une élection a toujours quelque chose de contre-nature pour le RPR-UMP, qui n’avait été fondé et refondé que pour porter un chef, et qui ne survivait plus que grâce à la somme des intérêts personnels et aux entrechats idéologiques de Nicolas Sarkozy.

Sarkozy, voilà un autre masque de tombé. Malgré son statut de membre du conseil constitutionnel, il a prouvé – beaucoup trop tôt – qu’il voulait revenir à moyen terme, en sortant d’un silence profond qui le servait et en s’impliquant dans le sauvetage des meubles. La rapidité avec laquelle se sont lancées les invocations spiritistes à « l’Absent » (comme on appelait Napoléon exilé sur Elbe) est à elle seule la démonstration de la fragilité de cette droite. Sans même parler d’abîmes, le ridicule appelle le ridicule. À l’UMP, comme le suggérait un fillonniste, il n’y a plus aucun surmoi nulle part, toutes les barrières ont sauté en attendant le retour du père freudien…
L’absurdité générale de la situation est renforcée par cette évidence de plus en plus flagrante qu’il n’y avait que l’épaisseur d’un pain au chocolat entre les deux « lignes » en présence. Tout spectateur un peu raisonnable a compris qu’entre Copé et Fillon, il n’y a plus guère qu’une différence d’écoulement sanguin.
Et si le véritable événement était à chercher du côté des motions ?


Paysage politique à droite, fin 2012 (Vue d'artiste)



A Des paroles et des Actes, le 25 octobre. Déjà une image d'archives.
Guillaume Peltier, qui ne se définit plus comme copéiste mais comme fondateur de la principale motion interne au parti, le très sarkolâtre « La Droite Forte », avançait ce 25 novembre que parmi les départements où son mouvement était arrivé en tête se trouvaient autant de fédérations « fillonnistes » que de « copéistes ». Preuve supplémentaire, s’il en fallait une, que la droite ne se scindera pas sur des idées, ce qui aurait au moins permis une remise à plat du paysage politique, mais bien sur un pugilat de petits chefs. Et sur des alliances claniques, qui se fondent moins sur les convictions que sur des rancœurs tenaces. Dans un monde logique, Dati, Raffarin et Guaino se rangeraient du côté de François Fillon ; leurs rancunes mortelles pour l’ex Premier ministre les en empêchent. Et empêchent la définition de deux lignes claires que seraient peut-être un fillonnisme « borlooïsé », recentré, et un copéisme « buissonisé », « droitisé », analyses abondamment relayées malgré leur faiblesse. Encore que pour ceux qui se souviennent de 1995, on a assisté à des situations cocasses : par exemple Juppé, fondateur du parti, ancien mentor de Copé, faire le jeu de Fillon, élève de son ennemi juré Séguin…
Même si des départs de marque ne sont pas à exclure, l’UMP devrait survivre. Trop d’intérêts financiers et personnels sont en jeu. Et si la très périlleuse voie judiciaire devait être entamée, elle n’aboutira au mieux que dans deux ou trois ans, c’est-à-dire à peu près au moment du… prochain congrès de l’UMP, en 2015.
Normal.



Résultats des trois élections internes de l’UMP :

17 novembre 2002 (Le Bourget)         Alain Juppé 79,4 %
                                                           Nicolas Dupont-Aignan 14,9 %
                                                           3 autres candidats 5,7 %

28 novembre 2004 (Le Bourget)          Nicolas Sarkozy 85,1 %
                                                           Nicolas Dupont-Aignan 9,1 %
                                                           Christine Boutin 5,8 %

18 novembre 2012      Jean-François Copé 50,03 % (COCOE) puis 50,28 % (CONARE)
                                   François Fillon 49,97 % (COCOE) puis 49,72 % (CONARE)




mardi 13 novembre 2012

Choc de Copétitivité




Celui qui s’est toujours défini sans honte comme un « bébé Chirac » est aujourd’hui devenu un « bébé Sarko » par la force des choses. Jean-François Copé sort enfin de sa chrysalide, bardé de réseaux patiemment tissés, le verbe taillé en biseau. Une longue carrière de candidat s’ouvre à lui…


Deux visions du monde. Deux cosmogonies, même. Fillon contre Copé, c’est énorme. C’est la Guerre froide en mieux. C’est Rome contre Carthage, c’est Athènes contre Sparte, c’est Coca contre Pepsi.

Il ne devait pas en être ainsi. Au départ, ça ressemblait de loin à un choix plus riche que celui entre deux épaisseurs de sourcils. Fillon, élève de Séguin, devait représenter la ligne gaulliste-sociale, teintée de souverainisme. Copé, RPR pur jus, devait en représenter la ligne libérale, registre volontariste à dents de sabre. Post-bonapartisme contre post-orléanisme en somme. Alors pourquoi cet ennui profond ? Pourquoi cette impression tenace d’assister à un affrontement de néants désincarnés par deux ectoplasmes ? Pourquoi ce sentiment que tout le monde ne fait que guetter un signe de Sarkoléon à l’île d’Elbe ?
Pour être honnête, il y en a que l’issue du scrutin intéresse. Au PS, on espère Copé plus encore que ses partisans : la victoire de la ligne la plus radicale précipiterait la scission de l’opposition. Ce serait sous-estimer l’élasticité légendaire de l’UMP. Ce serait sous-estimer surtout la cohérence des différents mouvements de droite, qui semblent s’agglutiner entre eux plus par inertie et habitude que par choix. Soutenir en même temps gaullisme et fédéralisme européen, se dire humaniste et sécuritaire, ou protectionniste et libéral ne semble poser aucune espèce de cas de conscience à la Maison Bleue. Et le soutien somnambule à Copé d’un Guaino sous Prozac, ou les lauriers tressés d’un Villepin en pleine phase de délire maniaque (« qualités exceptionnelles »… « perle rare »…), n’ont en soi aucun sens intellectuel. Pas plus que l’alignement derrière Fillon de l’ancien « Occident » à sourire de scie circulaire, Gérard Longuet, ou de l’hallucinatoire cardinal Guéant.

            La différence de projet politique, on l’aura compris, est minime. Tous les sonneurs de cloches de droite et de gauche s’entendent si bien autour du carillon du choc de compétitivité – expression qui devrait à elle seule donner de violentes poussées d’anarcho-syndicalisme à n’importe quel observateur sensé – que l’intérêt s'est déplacé ailleurs.
             Non, le vrai miracle avec Jean-François Copé, c’est qu’on le voit venir depuis si longtemps et qu’on sait depuis si longtemps qu’il sera un ersatz de sarkozysme orthodoxe, qu’on se demande comment il parvient encore à produire de l’effet. Certes, il ne provoque que ceux qui veulent absolument être provoqués – ils sont nombreux. Ses bonnes histoires de ramadan appartiennent au registre du divertissement pur : du pain au chocolat et des jeux. Mais l’ironie géniale de la situation est qu’il tire aujourd’hui parti de la sarkostalgie naissante autour d’un homme avec qui ses relations ont si longtemps été exécrables.

En 1995, déjà en campagne.
           Il ne fait pas bon trop se ressembler en politique. Lorsque Sarkozy rencontre Copé au début des années 1990, il se méfie instantanément de ce faux-jumeau encombrant, de dix ans son cadet. Leurs similitudes multiples – origines d’Europe de l’Est, engagement précoce, ambitions assumées, rapport à l’argent – sont loin de les rapprocher. En 1995, le premier soutient Balladur et le second Chirac. Une apparition télévisée précoce (31 ans) le montre déjà en pleine hyperactivité de campagne, répétant à qui veut l'entendre qu'il « s'est engagé pour faire bouger les choses » et que pour que « ça bouge », «il faut faire bouger les choses ».


           Tardant trop à rallier Sarkozy en 2007, il ne décroche pas de strapontin gouvernemental. Il est savoureux de lire aujourd’hui sous sa plume des phrases comme : « Après avoir pris clairement position en faveur de sa candidature, et avoir mené campagne de toutes mes forces en sa faveur, j’ai été heureux de le voir accéder à l’Élysée. »
             Mai 2007 : Sarkozy offre en compensation à Copé un boulevard pour le poste de président de groupe des députés UMP, en échange d’un soutien sans failles en 2012. Celui-ci va en faire le navire amiral de sa reconquête. Surfant sur le mécontentement des députés UMP provoqué par « l’ouverture » et le Grenelle de l’Environnement, il n’hésite pas à affronter verbalement sa propre majorité. Sarkozy subit une cohabitation là où il ne l’attendait pas. Pendant ce temps, Copé applique scolairement la méthode Chirac : conquérir le parti de l’intérieur. Son club « Génération France » (« 0 % petites phrases, 100 % débat d’idées »), qui compte plus de 100 antennes locales et une version jeunes lancée début 2012, est son jouet. Obsédé par ses réseaux, il parvient par son influence grandissante à investir le parti. Il devient secrétaire général en 2010. Prêt à lancer enfin sa carrière politique, à 44 ans.
En 1995, la première biographie de Sarkozy s’intitulait « L’ascension d’un jeune homme pressé ». Celle de Copé, sortie en 2010, a elle pour titre… « L’homme pressé ».

On y trouve le portrait d’un enfant adoré par sa mère et pressuré sous les exigences de son père. Son père : Roland Copé, qui endosse la double casquette peu commune de proctologue à succès et acteur (il joue Pétain dans La Rafle – fils de juif roumain, il a lui-même échappé à une rafle en 1943). Le 7 mai 2002, Copé fils l’appelle pour lui annoncer qu’il vient de devenir ministre, à tout juste 38 ans. La réaction ne se fait pas attendre. « Tu as quoi ? Les Relations avec le Parlement ? C’est nul… »
            On n’ose croire à un complexe d’Œdipe : pour la figure de proue du décomplexage tous azimuts, ça ferait tache. Pourtant la carrière politique de Copé s’est jusqu’à aujourd’hui définie par une inlassable quête du père. « Il y a du Chirac en lui », plaide Jean-Pierre Raffarin. « Il y a du Sarkozy en Copé », renchérit Luc Chatel. Il paraît même qu’à une époque il était rocardien. Au point d’être devenu une propagande ambulante pour l’adoption homosexuelle : il prouve à lui seul qu’on peut avoir autant de pères et pourtant être parfaitement équilibré – du moins, il a l’air de le penser.

On en vient parfois à penser que Copé tente avant tout de se décomplexer lui-même. Beaucoup moins à l’aise que Sarkozy dans l’ouverture des vannes « people » sur sa vie privée, Copé est d’un naturel réservé voire pudique.
Sans la renier, il semble qu’il ait toujours eu des difficultés à accepter sa judéité. Il passe encore plus volontiers sous silence ses origines bourgeoises et parisiennes. Il lui arrive aussi de brocarder sa formation scolaire d’élite, notamment dans son livre « Ce que je n’ai pas appris à l’ENA » (2000). Pour casser son image de jeune loup insensible, il joue du piano jazz en public dès qu’il en a l’occasion. Surtout, il n’hésite jamais à rappeler qu’il est « maire de Meaux depuis 17 ans » (en fait, 12 des 17 dernières années).
            Copé est particulièrement fier d’avoir débarrassé les quartiers populaires meldois de leurs barres d’immeubles. En 2004, il organise un Copé Tour en bus pour les journalistes où il présente tel un conférencier toutes ses réalisations dans la ville : rénovation urbaine avec destruction des grandes barres, sécurité, redynamisation économique via une zone franche. Il présente la cité de 50 000 habitants comme une France en miniature. Message subliminal : ce que j’ai fait pour Meaux, je peux le faire pour la France.

            Il y a au moins deux autres choses qui ne le complexent pas. D’abord l’argent, du moins en privé : son amitié avec le richissime et véreux Takieddine, mais aussi sa phrase sur « les minables qui se contentent de 5000 € » sortie début 2012, participent d’ailleurs à son impopularité.
Tu veux être mon ami ?
            Ensuite, son appartenance politique. On aime à répéter qu’adolescent, les murs de sa chambres étaient ornés de posters de De Gaulle et Pompidou. S’il récuse fermement le terme de « droitisation », « ce-mot-inventé-par-la-gauche-pour-nous-interdire-de-parler-des-souffrances-des-Français », c’est qu’il a conscience d’être soupçonné de sympathies pour les idées lepénistes. En réalité, ceux qui le croient susceptible de s’allier avec le FN connaissent mal l’animal. Ce n’est pas, comme le suggérait maladroitement Fillon, qu’une question « d’origines ». Copé ne manque jamais de rappeler qu’en 1995, il devient le benjamin de l’Assemblée nationale (à 31 ans, après la nomination de Guy Drut au gouvernement). Il rappelle en général immédiatement après qu’il est en 1997 le « plus jeune député battu » de France… à cause d’une triangulaire avec le Front National.
              Copé n’est pas programmé pour accepter la défaite. La digestion est douloureuse. La période 1997-2002 est sa traversée du désert à lui. Il devient professeur d’économie à Paris VIII. Craint de ne jamais pouvoir revenir en politique. S’il idéalise la « force intérieure » qu’il a tirée de cette période, il garde une rancune tenace pour la mafia Le Pen.


               Décomplexer la droite, décomplexer la France, on vous dit. Décomplexer mais aussi décomplexifier. Démammouthiser les appareils. Écrémer les lignes idéologiques. Simplifier le langage aussi – surtout. « J’assume, car les Français ne supportent plus que l’on s’exprime avec des phrases ampoulées, moi c’est sujet-verbe-complément ! » claironne-t-il chez Jean-Jacques Bourdin ce 5 novembre. Là encore, comment ne pas penser à Sarkozy et à son « refus du style amphigourique »… Sauf que Copé est un science-piste et un énarque, et que cinq ans de porte-parolat au gouvernement laissent des séquelles irréparables sur l’expression et un arrière-goût de tronc d’arbre dans la bouche. Faire régresser son niveau de langue est un combat de tous les jours.
Heureusement avec les « éléments de langage », on peut aujourd’hui faire un discours politique avec vingt mots de vocabulaire tout en étant considéré comme un génie de la communication. Les discours de JFC atteignent aujourd’hui une pureté virtuose dans cette itération frénétique de mantras creux. Droite décomplexée. France décomplexée. Nicolas Sarkozy. France forte. Droite forte. Droite généreuse. Gauche de l’assistanat. Gauche bien-pensante. Saint-Germain-des-Prés. Gauche idéologique. Gauche sectaire. Nicolas Sarkozy. Gouvernement d’amateurs. La gauche qui met la France à genoux. Citoyenneté bradée. Inquiet pour la France. Les souffrances des Français. La réalité du terrain. Lâcheté politique. Courage politique. Opposition tonique. Résistance à la pensée unique. Pas de langue de bois. Richesse du débat d’idées. Nicolas Sarkozy. On ne peut même pas dire que ses discours sont des coques de noix ; dans les coques de noix, il y au moins quelque chose qui ressemble à un cerveau.

Pour dire bref, on retrouve chez lui le même travers chez que Sarkozy : croire que la volonté fait tout et peut tout faire, dans n’importe quel cadre. C’est exactement la même bouillabaisse d’opportunisme, de pensée magique, de foi superstitieuse dans la volonté individuelle. Sauf que Copé est en retard : à la même étape de son parcours politique, c’est-à-dire au moment de la conquête et de la dévoration du parti, Sarkozy était incomparablement plus populaire. Il portait encore la puissance d’une surprise. Copé est né trop tard, dans une France trop sarkoïsée. « De par mes parents […] je suis moi aussi, comme Nicolas Sarkozy l’a si bien exprimé le 14 janvier 2007, un ‘’petit Français de sang mêlé’’ », s’autobiographe-t-il sur son site. Rien de pire que du storytelling réchauffé. Son ambition sans bornes même paraît anachronique, alors que le pouvoir politique n’a jamais été si peu alléchant.
         Il paraît qu’aujourd’hui Sarkozy a du respect et de l’admiration pour son dauphin. C’est même Rachida Dati qui l’a révélé. Mais que la seule personne pour qui Sarkozy éprouve admiration et respect soit son reflet dans le miroir, ce n’est plus de nature à étonner personne.
              Normal.




Election du dimanche 18 novembre :

Team COPÉ

Ticket : Luc CHATEL, Michèle TABAROT

Une centaine de parlementaires :
         Députés : Patrick BALKANY, Étienne BLANC, Luc CHATEL, Henri GUAINO, Christian JACOB, Roger KAROUTCHI, Lionnel LUCA, Thierry MARIANI, Hervé NOVELLI …
         Sénateurs : Serge DASSAULT, Jean-Claude GAUDIN, Jean-Pierre RAFFARIN…
Autres personnalités : Charles BEIGBEDER, Christine BOUTIN, Rachida DATI, Brice HORTEFEUX, Nadine MORANO, Guillaume PELTIER, Jean SARKOZY, Nicolas SARKOZY (selon la rumeur)…


Team FILLON

Ticket : Laurent WAUQUIEZ, Valérie PÉCRESSE

Plus de 150 parlementaires :
         Députés : Bernard ACCOYER, François BAROIN, Xavier BERTRAND, Éric CIOTTI, Bernard DEBRÉ, Patrick DEVEDJIAN, Christian ESTROSI, Jean LEONETTI, Éric WOERTH…
         Sénateurs : Chantal JOUANNO, Gérard LONGUET…
Autres personnalités : Roselyne BACHELOT, Édouard BALLADUR, Éric BESSON, Claude GUÉANT, Jean TIBERI…


6 courants en lice :


« France moderne et humaniste »   -   Libéralisme, centrisme, fédéralisme européen (Chatel, Léonetti, Longuet, Raffarin...)
« La boîte à idées »   -   Refondation du fonctionnement partisan (Apparu, Balladur, Bertrand, Juppé, Le Maire...)
« La Droite populaire »   -   Droite « décomplexée », sécuritaire, anti-immigration (Luca, Mariani...)
« La Droite forte »   -   Héritage sarkozyste : identité, travail, mérite, anti-assistanat (Accoyer, Didier, Hortefeux, Peltier...)
« La Droite sociale »   -   Gaullisme social, centrisme, défense des classes moyennes, lutte contre l’assistanat (B.Debré, Wauquiez)
« Le gaullisme, une voie d’avenir pour la France »   -   Europe des nations, défense de la Ve République, souverainisme (Alliot-Marie, Guaino, Karoutchi, Ollier)







mardi 15 mai 2012

La défaite en chantant




Au pays du président normal, on avait toujours eu un goût romantique pour les belles défaites.


De là à comparer le revers de Sarkozy aux échecs héroïques de Diên-Biên-Phu ou de Séville 82, le pas est certes un peu large. Mais tandis que le discours de Tulle, avec son lyrisme pataud de kermesse d’école primaire, tiédissait le peu d’ardeur suscité par la première victoire socialiste depuis trois décennies, Sarkozy, dans des « adieux » étonnamment fair-play, parvenait à susciter une espèce d’attendrissement nostalgique même chez ceux qui n’avaient aucun bon souvenir de lui. On a retenu aussi, bien sûr, le geste protocolaire du 8 mai qui associait ex-président anormal et futur président normal, revisitant au passage de façon inspirée le concept des « Deux corps du Roi ».
            À se demander qui des deux avait réellement remporté l’élection présidentielle.

            Sarkozy est un homme profondément paradoxal. Il a vécu ces cinq dernières années dans un présentisme continuel, tête dans le guidon, dans une présidence de colmatage, sans vision à long terme de la place de la France dans le XXIe siècle. Et à l’inverse de cette logique de politique au jour le jour, il a choisi de toujours dédaigner les journalistes, les cotes de popularité et les manifestations d’hostilité pour s’en remettre à l’Histoire. « Dans un an, les gens m’adoreront ; en France, on aime les présidents quand ils sont partis », confiait-il à Balladur le 11 mai. Il convenait auparavant de réussir sa sortie, après avoir, au début de son quinquennat, chuté de 20 à 30 points de popularité en l’espace de six mois. Il convenait donc au préalable de ne pas essuyer l’humiliation que tous se délectaient à lui promettre depuis un an.
            Ne nous y trompons pas. Pour un animal politique habitué à vaincre tel que Sarkozy, il y a quelque chose de mortifiant à perdre face à un demi-sel tel que Hollande ; il y a 18 mois encore, il n’envisageait même pas de l’affronter. Il y a un an encore, il estimait la place de Hollande due « à une conjoncture astrale fantastique ». Il y a un mois encore, il répétait à qui voulait l’entendre qu’il aplatirait son adversaire en plateau-télé ; on a vu le résultat. Mais il est incontestable qu’il était préparé à l’échec. Le 6 mai, lorsqu’il s’est enfermé avec Guaino en fin d’après-midi, il lui a fait écrire uniquement le discours de défaite.
Sarkozy n’a pas perdu par 60-40, ni par 55-45, ni même par l’écart qu’il avait infligé à Ségolène Royal ; l’étrange soulagement qui transpirait de son discours de la Mutualité ne pouvait que trahir que le score final, 51,6 % - 48,4 %, était loin de lui être défavorable. Au point que Jean-Pierre Raffarin osait avancer sur Twitter, dès le soufflé retombé : « Finalement, l’écart montre que cette élection était gagnable ».

Les professionnels de la stratégie rétroactive ont massivement glosé sur les tactiques employées par Sarkozy tout au long de la campagne. On a prétendu, sans aucun fondement d’ailleurs, qu’il aurait pu mieux faire en se représidentialisant. On a critiqué sa « droitisation » ; sa « chasse sur les terres du FN ». Dans une densité de points Godwin jamais vue dans le débat républicain, on a ressorti tous les bruits de bottes et toutes les histoires d’heures sombres de nos livres d’épouvante.
Mais qu’entend-t-on au juste par « droitisation » ? Pas grand-chose, sauf à considérer qu’un discours de régulation de l’immigration suffit pour être catalogué à l’extrême-droite. Il serait intéressant de savoir qui profite réellement de la confusion partout entretenue entre futurs immigrants, immigrés clandestins, immigrés légaux, immigrés naturalisés, descendants d’immigrés de première, deuxième, vingtième génération.
Situer le FN à la droite de l’UMP relève d’une vision très spatialisée – et finalement très statique – du paysage politique français. Elle laisse entendre – et Marine Le Pen entretient cette chimère à dessein – qu’une alliance est possible entre les deux partis, à l’image des ententes socialo-communistes. C’est confondre les électorats et les partis ; si l’électorat frontiste a, par conservatisme, trouvé Sarkozy moins repoussant que Hollande, les partis seraient en revanche tous deux gravement éparpillés en cas de coalition. C’est confondre les actes et les discours ; Sarkozy a martelé un discours frontiériste en citant du Debray prédigéré, mais a mené pendant cinq ans une politique atlantico-libérale aux antipodes du souverainisme. C’est ne pas voir, enfin, que par-dessus l’antique clivage droite-gauche s’est superposée une autre ligne de fracture entre mondialisme / libéralisme et patriotisme / républicanisme qui crée des ponts inattendus, certes, mais sûrement pas entre Sarkozy et le clan Le Pen.

Et c’est au fond se méprendre sur ce qu’était le sarkozysme ; à savoir une vaste ratatouille idéologique.
Sarkozy lui-même n’était qu’une force en mouvement, qui piochait au gré des situations des quignons de pensée politique chez des conseillers et des proches avec qui il ne partageait que des facettes intellectuelles, pour ne pas dire des façades. Trop de cuisiniers gâtent la sauce. Guaino, Buisson, Pébereau, Guéant équilibraient le sarkozysme chacun à leur façon, mais en un patchwork totalement vide de contenu. Quand le 15 avril à la Concorde le « candidat du peuple » citait quasi-simultanément Malaparte, puis Bonaparte, De Gaulle, puis Jean Monnet, on hésitait à trancher entre le simple plaisir du name-dropping et la vraie confusion intellectuelle.
Voilà ce qu'était le sarkozysme. Un agglomérat inconsistant de toutes les formes de droites traditionnelles, abâtardies, dévoyées dans un shaker idéologique fusionnant pêle-mêle néo-gaullisme, néo-maurassisme, néo-libéralisme et néo-conservatisme. Sarkozy était Napoléon pour les uns, Badinguet pour les autres.

C’est bien pour cela que Sarkozy ne pouvait pas avoir de scrupule à pratiquer une politique d’ « ouverture » au début de son mandat. Un homme uniquement animé par le pragmatisme ne peut avoir de trace de sectarisme.
Ce qu’était le sarkozysme ? Il faudrait répondre d’abord en allemand et en grec : realpolitik, kairos (capacité à saisir le moment opportun), et enfin volontarisme – cette foi inébranlable en l’énergie individuelle qui englobait tout son discours creux sur la valeur-travail.
Sarkozy est bien plus un mystique qu’un idéaliste. Il a cru que sa seule force psychologique suffirait à redonner les rênes de la France au pouvoir politique, sans s’en donner les moyens concrets. Il a attaqué en toute fin de course les traités européens et les rouages absurdes de la BCE, après avoir ratifié toutes les délégations de souveraineté, après s’être mis à l’idolâtrie merkophile – ce fameux modèle allemand qui a disparu de sa bouche après le mois de janvier, devant la stagnation des courbes de sondages.
            Le sarkozysme n’a jamais été une doctrine ; il a à peine été une politique. Au mieux, une force d’adaptation. Paradoxalement, c’est peut-être cela qui a sauvé son bilan. La moindre tentation de cohérence intellectuelle aurait levé le voile de façon aveuglante sur le prévisible échec de son agitation, et aurait fait imploser son parti ; l’UMP, conglomérat improbable de forces de pensée ayant l’étiquette de droite comme seul bien commun, ne pouvait survivre et être forte que sous la coupe d’un brillant caméléon. C’est pour cette même raison que le prochain leader de la droite parlementaire, quel que soit son nom, devra être un clone politique de Sarkozy ; il devra allier cette capacité extraordinaire au rassemblement des opposés, au double discours, à l’enfumage hyperactif. On parle d’un certain Jean-François Copé sur les rangs.
Normal.




Les 3 chiffres à la con

1,83 : c'est, en points de %, la progression de Hollande sur Sarkozy entre les deux tours. L'écart était de 1,45 point au soir du 22 avril (519 000 voix) ; Hollande l'emporte finalement avec 3,28 points de marge ; une bascule de seulement 620 000 voix sur 46 millions d'inscrits.

0 : c'est le nombre de candidats qui ont appelé à voter Sarkozy pendant l'entre-deux-tours. Mélenchon, Joly et Poutou ont plus ou moins explicitement appelé à voter Hollande, Bayrou et Cheminade ont indiqué qu’ils voteraient Hollande à titre personnel, Le Pen a appelé au vote blanc, Arthaud a refusé de choisir entre les deux candidats, Dupont-Aignan a laissé ses électeurs libres de leur choix en restant secret sur le sien.

81 % des Français jugent la sortie de Nicolas Sarkozy "réussie" ; mais 6 sur 10 ne croient pas à la fin de sa vie politique (Sofres / I-Télé)



mercredi 9 mai 2012

Le heurt du choix


Au pays, on votait dimanche.


            On a voté François Hollande dimanche. On a respiré un grand coup, on a ressorti les gants de ski, les pince-nez, les forceps, les pinces de cheminée, on s’est shooté à la colle, on a pensé très fort à autre chose, et on est allé voter Hollande.
Question tactique, on s’est creusé le bulbe. « Pour que le FN profite de la chute de Sarkozy… » « Pour que les Rouges fassent pression sur les Bleus tout en marginalisant les Bruns… » « Pour recentrer Hollande… » « Pour que Copé gagne en 2017 » « Pour que les gosses aient enfin du tofu à la cantine… », etc.
On a repensé une dernière fois Rolex, Fouquet’s, Carla, Air Sarko One, valises, Karachi, Kadhafi, Woerth, Bettencourt, Takieddine, Balargone, Castoipauvcon, stylos volés, cigares, jets privés, Françafrique, bouclier fiscal, discours de Dakar, discours de Grenoble, budget de l’Élysée, censures, pressions, intox, peines plancher, auto-augmentation, EPAD, Traité de Lisbonne, Arnault, Bouygues, Dassault, Minc, Pinault.
On s’est repassé mentalement, une dernière fois, l’improbable trombinoscope. Les verdâtres Hortefeux, Guéant, Besson. Les insignifiants Fillon, Mercier, Bertrand. Les frétillants demi-mondains Dati, Kouchner, Mitterrand. Les prodigieux Douillet, Morano, Lefebvre, Bachelot. Les décevants MAM, Borloo, Yade.
C’est pourtant pas qu’il nous plaisait, l’ancien gros-tout-mou. C’est pourtant pas qu’elle nous faisait saliver, la mafia PS. On savait que, depuis la SFIO, la gauche ne se définit plus que par le fait qu’elle n’est pas la droite. On savait que Hollande était le remplaçant, le supplétif, l’ersatz, le par-défaut, le par-hasard, le par-dépit.
            Dans l’isoloir, on les a regardés une dernière fois, les papiers. On s’est dit que c’était pas un choix. On a opté pour la peste rose.
On est rentré prendre une douche, puis deux, on s’est fait un bain de bouche, on a pensé à s’immoler par le feu – on s’est dit que ça ne valait vraiment pas le coup.
On a regardé d’un œil I-Télé tenir une heure de direct sur un chiffre de participation. À 19 h 58, on s’est tous calés sur France 2. Le temps du compte à rebours, on a joué à se faire des faux frissons pour épicer un triomphe au goût persistant d’endive.
On a goûté à la joie ébahie d’être – enfin – dans le camp des vainqueurs ; on s’est repu de la consolation lâche et démocratique d’être du même avis que la majorité des gens.


            On a voté Nicolas Sarkozy dimanche. On a ressorti les pinces à barbecue, à linge, à épiler, les tenailles, les moufles, les gants Mapa, on s’est avalé une bouteille de désinfectant, on s’est bandé les yeux, et on est allé voter Sarko.
On a fait mentalement sa petite bouillie de calculs sordides. « Pour faire barrage au Front national à droite » « Pour ne pas que la gauche trinque en période de crise » « Pour garder mon poste d’humoriste à France Inter », etc.
            Et pourtant il nous a déçu, l’énervé de service. Il nous a fait honte, le survitaminé, le marathon man, l’homme-sandwich de Red Bull. Il a trahi, il a sali, il a souillé, il a abaissé, il a dégradé. Il a endolori les espoirs placés en lui. Son hyperprésidence n’a pu cacher qu’il n'était qu'un hypoprésident. Présent partout, puissant nulle part. Les médias qu’il était censé maintenir sous l’étouffoir le lynchaient soudain ; les banques qu’il était censé mettre au pas le tenaient plus que jamais en laisse. Ses tutoiements, ses insultes... sa mauvaise éducation si éclatante.
            Mais une image dominait tout. Une image surpassait tout le reste : celle de Guimauve le conquérant, agitant ses petits bras en l’air, obligé de se casser la voix pour se donner du charisme, le notable de IVe République à la bouille bonhomme, si génétiquement provincial qu’il donnait l’impression d’animer une foire à la saucisse jusque dans ses plus pharaoniques meetings. Hollande à l’ONU. Hollande chef des armées. Hollande avec la valise nucléaire.
            On a repensé une dernière fois aux légions désordonnées de la deuxième gauche syndicaliste, bêlant en boucle le seul alexandrin qu’elles aient jamais appris par cœur* dans les belles avenues parisiennes jonchées de tracts en faveur de l’espéranto ou de l’indépendance savoyarde. On a repensé aux concerts militants contre le racisme, la violence et la mort des chatons. On s’est dit que Harlem Désir allait devenir ministre. On s’est souvenu des malfaisants en chef Fabius, Aubry, Royal, Lang, Delanoë ; Yannick Noah, avec ses pieds nus et ses poches pleines.
Dans l’isoloir, on les a regardés une dernière fois, les papiers. On s’est dit que c’était pas un choix. On a opté pour le choléra bleu.
On est rentré, on s’est savonné les mains jusqu’au sang, on a pleuré un peu, on a pensé ressortir le cilice et la discipline ; on s’est dit que ça ne valait vraiment pas le coup. Du coup, on a écouté BFM TV nous détailler dans le menu celui des candidats pour le déjeuner. À 19 h 58, toute la petite famille s’est entassée devant TF1 pour y croire encore deux minutes – ça autorise tout, un compte à rebours.
On a goûté au soulagement mauvais d’être – enfin – dans l’opposition : désormais, ce qui se passerait ne serait plus de notre responsabilité.


            On a voté blanc dimanche. Le blanc était devenu, exceptionnellement de 8 à 18 heures, la couleur la moins salissante. Bien sûr on s’est senti un peu lâche. On s’est même senti un peu coupable – voter blanc, c’était voter comme Marine. On a fait confiance aux Français. On s’est posé la question : « comment on fait pour voter blanc d’ailleurs ? ». On s’est demandé s’il fallait soi-même découper un papier blanc à la maison. On s’est demandé s’il fallait mettre les deux bulletins dans l’enveloppe. Ou n’y rien mettre. On s’est demandé si on n’allait pas bâcler dessus un organe génital ou voter Donald Duck, Chuck Norris, Ghargoûl la créature des abysses – ces messieurs du dépouillement ont si peu l’occasion de rire.
            Dans l’isoloir, on les a regardés une dernière fois, les papiers. On s’est dit que c’était pas un choix. On n’a pas opté du tout.
            On a vu qu’on était 2 millions à ne pas choisir. On s’est sentis un peu rasséréné dans son choix de non-choix. On s’est dit aussi que plus le vote blanc était massif, plus l’espoir qu’il soit reconnu un jour était risible.


            On s’est abstenu dimanche. On a ressorti son bonnet blanc et son blanc bonnet. On s’est levé comme d’habitude. Comme d’habitude, on est tombé par erreur sur l’émission protestante, sur la 2. On s’est biodégradé devant Automoto et Téléfoot mollement, sans joie. Le PSG allait-il revenir en tête du championnat ? On a avalé un rôti plein de sauce et de la tarte aux pommes, on a zappé rapidement sur le sourire fossile de Drucker. Le dimanche s’est avachi dans son interminable grisaille. On a même pensé à aller à la pêche, pour faire bonne mesure jusqu’au bout. Vers 16 h 30 on est allé traîner sur Twitter. C’était déjà plié.

Normal.


* "Ré-gu-la-ri-sa-tion, de-tous-les-sans-pa-piers !" Vous pouvez recompter, vous m'aurez pas.




Les 3 chiffres à la con

55 % des électeurs de François Hollande ont voté pour qu'il soit président, 45% pour faire barrage à Sarkozy (Harris interactive, 6 mai 12)

54 % des électeurs de Sarkozy ont voté pour qu'il soit président, 46% pour faire barrage à Hollande (Ipsos, 6 mai 12)

2 154 956 : c’est le nombre (record) de votes blancs et nuls lors du second tour. 1 139 983 : c’est le nombre de voix qui séparent les deux concurrents.